L’article explique pourquoi il est difficile pour le secteur maritime d’évaluer la rentabilité des investissements numériques selon la logique habituelle des « économies rapides ». Les auteurs soulignent que, bien que l’économie de carburant demeure l’indicateur le plus évident et le plus facile à mesurer, la valeur de la numérisation est en pratique bien plus large.
Pourquoi les investissements numériques dans le transport maritime sont évalués plus strictement
Les armateurs justifient généralement facilement l’achat d’un nouveau navire à environ 100 millions de dollars, car il est possible de modéliser précisément la structure de l’actif, le financement, les revenus prévus et la valeur résiduelle. Mais un investissement plus modeste dans un logiciel, même avec la promesse d’améliorer la prise de décision, de réduire les erreurs ou d’accroître la transparence, nécessite un contrôle beaucoup plus rigoureux. La raison est claire : le secteur est cyclique, la marge est instable, et au cours des dernières années, de nombreuses promesses technologiques se sont avérées difficiles à mesurer.
Ce qui constitue une véritable valeur
Comme l’indique l’article, la numérisation apporte des avantages non seulement via l’économie de carburant :
- réduction des arrêts et amélioration de la disponibilité des navires ;
- diminution de la charge administrative ;
- sécurité renforcée et meilleure résilience cybernétique ;
- meilleure préparation aux exigences réglementaires ;
- amélioration de la qualité et de la vitesse des décisions de gestion ;
- hausse de l’efficacité de la maintenance et de la planification des réparations ;
- amélioration de l’expérience des membres d’équipage grâce à la connectivité, la formation, l’accès médical et la rétention du personnel.
Gert-Jan Panken (Inmarsat Maritime) souligne que ces paramètres devraient être inclus dans le calcul de la rentabilité, et non le carburant seul. Selon lui, il faut aussi prendre en compte le coût de la « réduction de complexité » : si une seule plateforme remplace plusieurs systèmes, contrats et chaînes de support, l’économie est réelle, même si elle est répartie dans différentes lignes budgétaires et peut être invisible dans le ROI traditionnel.
Le problème principal
Selon Nico Lehtinen (Elomatic), les propriétaires doivent considérer non seulement les coûts d’exploitation, mais aussi la valeur business additionnelle dans des domaines tels que la productivité des ingénieurs, la planification de la maintenance, la sécurité et le bien-être de l’équipe. La difficulté principale reste de convertir ces effets en chiffres compréhensibles par le comité d’investissement.
Ce qui est généralement invisible dans la facture
L’article met en évidence des effets difficiles à capter par une écriture comptable directe : une panne évitée, un accident évité, l’évitement d’un retard dû à une inspection portuaire grâce à une meilleure documentation, ou encore une détection précoce d’un problème par le superviseur grâce à une transmission de données fiable vers le bord.
Selon l’auteure de l’article, comme Joy Basu (Smart Ship Hub), de tels événements peuvent valoir plus qu’un abonnement annuel à un logiciel, mais c’est l’économie de carburant qui reste dominante dans l’évaluation uniquement parce qu’elle est la plus simple à mesurer.